La cuisine

La cuisine est née à la suite de la découverte d’une casserole émaillée bleue, percée. Sa forme correspondait à une marmite, mais sa taille est si réduite qu’aucun mot ne la nommait, aucune formule ne lui convenait parfaitement. De ce fait, redoublant l’abstraction de son état de déchet, elle faisait appel à une autre abstraction, car elle existait en dehors de toute formulation. Cette double abstraction, la perte d’une fonction et le manque de désignation, a déclenché un parcours : le sentiment de cuisine.

J’ai cherché à restituer à l’aide d’objets défectueux trouvés et de casseroles fabriquées, l’atmosphère de la cuisine surprise, l’après-midi ou la nuit, dans son état d’inaction, ce que j’appelle : latence. La cuisine impose une sensation de fixité du temps. L’instant figé, mis en suspens, ne se justifie plus dans une succession en situant son sens sur une trajectoire. Il s’extrait d’un enchaînement et l’instant seul doit nous livrer son sens.

Par la latence, par la fixité du temps, la cuisine a perdu sa fonction utilitaire et trouble sa reconnaissance. Et, de même qu’elle réduit sa réalité à une notion, elle entraîne l’observateur à porter sur lui-même un regard synthétique, à faire une sorte de bilan.

Ghislaine Vappereau – 1979

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